La bombe à retardement du chômage des jeunes se règlera grâce à l’entrepreneuriat. Tribune

Par Maria Pinelli, Grégoire Sentilhes, Jean-Pierre Letartre

LE CERCLE. Le 3 Juillet dernier, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande se sont réunis à Berlin avec de nombreux dirigeants politiques de l’Union européenne pour discuter du problème du chômage auquel est confrontée la jeunesse actuelle.

Le chômage des jeunes atteint des niveaux critiques dans la plupart des pays développés et émergents du G20 et devrait malheureusement continuer à augmenter au cours des cinq prochaines années, remettant ainsi en cause tant la stabilité des nations que la reprise économique mondiale.


L’Organisation Internationale du Travail (OIT) relève que près de 13% de la jeunesse du monde – près de 75 millions de jeunes – est au chômage. Dans les pays les plus touchés, le taux de chômage des jeunes dépasse les 50%, comme la Grèce ou l’Espagne. Le magazine anglais, « The Economist », estime que le taux réel du chômage des jeunes est beaucoup plus élevé, avec un total estimé de l’ordre de 290 millions de jeunes au sein de l’OCDE qui ne travaillent pas ou n’étudient pas.

L’écosystème entrepreneurial, les entreprises et les gouvernements doivent collaborer ensemble pour permettre aux jeunes de développer et lancer leurs projets entrepreneuriaux. Cela signifie favoriser une culture entrepreneuriale qui encourage les jeunes à prendre des risques, à créer des entreprises et des emplois et à devenir maîtres de leurs destins.

D’après l’enquête publiée par EY (nouveau nom d’Ernst & Young) « Avoiding a lost generation » menée auprès de 1000 jeunes entrepreneurs (âgés de moins de 40 ans) au sein des pays du G20, à l’occasion du G20 des jeunes Entrepreneurs qui s’est tenu à Moscou du 15 au 17 juin 2013, les entrepreneurs et les petites et moyennes entreprises (PME) sont les principaux vecteurs de la croissance économique et de la création d’emploi. Cette enquête a montré que les PME de moins de 250 salariés sont à l’origine, en moyenne, des deux tiers de l’emploi dans les pays du G20. En France, 88% des 2.7 millions d’emplois créés depuis 20 ans l’ont été par les entrepreneurs et les PME. Et 57% de ces emplois ont été créés par les 7% d’entrepreneurs qui grandissent le plus. Ces entreprises créent de nouveaux emplois à un taux deux fois supérieur à celui d’entreprises plus importantes en taille et sont plus à même que les grandes entreprises à recruter des personnes déjà au chômage.

Cette enquête fait état de nombreuses propositions visant au développement de leurs entreprises. Les jeunes entrepreneurs du G20 YEA (Young Entrepreneurs Alliance) sont la clé pour résoudre le problème de chômage des jeunes, mais nous devons les écouter. Ils identifient cinq mesures phares :

1. Renforcer et Élargir le choix des alternatives de financement. Cette mesure est perçue comme étant la plus importante. 73% des jeunes entrepreneurs interviewés reconnaissent que l’accès au financement par capitaux propres reste difficile, en particulier pour les entreprises orientées sur l’innovation ou le développement de nouveaux produits ou services. Alors que le financement traditionnel au travers des business angels, du capital-risque et du capital-développement et de la bourse, reste insuffisamment développés (seul 6% de l’épargne des pays de l’OCDE vient irriguer le financement de la croissance des PME alors qu’elle représentent en moyenne près de 50 à 60 % du PIB), on observe par ailleurs une demande croissante de financement non traditionnel, comme le financement participatif (crowdfunding) et la micro-finance, en particulier chez les femmes entrepreneurs. L’enquête a révélé qu’une personne sur deux (49%) pense qu’un accès au financement au travers de nouvelles plates-formes innovantes encouragera l’esprit d’entreprise et la volonté d’entreprendre dans l’avenir.

2. Renforcer l’accompagnement et le mentorat. Apporter un soutien financier seul ne sera pas suffisant pour permettre au jeune entrepreneur de développer son entreprise, de surmonter avec succès tous les obstacles et de créer des emplois. L’absence de soutien et de compétences à ses côtés représente un risque réel. L’étude montre un taux de survie de 88% des entrepreneurs quand ils sont accompagnés ou « mentorés » comparés à un taux d’échec de 50% pour ceux qui n’en bénéficient pas. Le danger est qu’obtenir un financement sans mentorat peut mener à des financements inutiles ce que les gouvernements ne peuvent se permettre actuellement. L’absence d’accompagnement avec le taux d’échec qui s’ensuit signifie aussi que les entrepreneurs qui ne réussissent pas risquent de se retrouver eux-mêmes sans emploi plus tard.

3. Changer la culture et accepter l’échec. Les pouvoirs publics, comme les médias et l’opinion publique doivent changer leur perception des créateurs d’entreprise et être plus conscient de la contribution qu’ils apportent à l’économie en général. Avoir une culture favorable à l’égard des entrepreneurs comme des PME aura un effet positif sur leur croissance future. Les gouvernements doivent promouvoir les entrepreneurs comme les créateurs d’emplois déterminants. La société en général doit également être plus tolérante face à l’échec et comprendre que les entrepreneurs sont des hommes et des femmes qui sont à la source de l‘innovation dont nos sociétés ont tant besoin pour se transformer.

4. Cibler et accélérer les incitations. 41% des entrepreneurs estiment que les gouvernements pourraient accélérer l’accès au financement grâce à des incitations fiscales à l’investissement dans les petites entreprises. Une différence notable entre la nouvelle génération d’entrepreneurs par rapport à la précédente, c’est que la nouvelle génération attend plus de soutien de leur gouvernement comme de leur écosystème. Les jeunes entrepreneurs soulignent le besoin urgent d’initiatives émanant des gouvernements comme des institutions financières, dans des domaines liés au financement, à l’accompagnement et à l’enseignement.

5. Réduire les formalités administratives et la fiscalité excessive. 33% des entrepreneurs veulent un guichet unique pour gérer l’ensemble de leurs questions administratives, fiscales et règlementaire. L’augmentation du nombre et du succès des jeunes entrepreneurs est conditionnée à la mise en place d’un environnement plus fluide, plus simple et plus à l’écoute. Les jeunes entrepreneurs ne cachent pas leur frustration devant la difficulté à maitriser le cadre réglementaire et fiscal, qui à leurs yeux, est conçu pour des entreprises déjà établies. Toutefois, ils reconnaissent que certains progrès ont déjà été réalisés.

Que ce soit au travers du financement, du mentorat, des mesures d’incitation fiscale ou d’enseignement, nous devons agir maintenant afin que cette génération puisse à la fois s’intégrer dans la société, contribuer à sa transformation, comme à son adaptation si nécessaire. Le chômage des jeunes est une bombe à retardement pour tous les gouvernements, à la fois pour les pays développés et les pays émergents. Au 21e siècle, les emplois dont nous avons besoin ne viendront ni des grandes entreprises ni du gouvernement, mais des entrepreneurs, qui représentent 66% de la création d’emplois au sein de l’OCDE et 85% dans l’union européenne.

Maria Pinelli, Vice-Chair EY Global – en charge du marché Entrepreneurs

Jean-Pierre Letartre, Président d’EY en France

Grégoire Sentilhes, président de NextStage et co-fondateur de jeunes entrepreneurs du G20 (YEA), et président de l’association « Les Journées de l’Entrepreneur » (JDE) en France

Rapport: EY pour le G20 YEA « Avoiding a lost generation » réalisé pour le sommet du G20 des Jeunes Entrepreneurs – Moscou | Juin 2013

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