Les vrais champions de la création d’emplois – Parution L’Opinion

Les chiffres du chômage nourrissent un fatalisme bien français. Pourtant, malgré la crise et les entraves réglementaires, des entreprises créent des emplois.

Interview de Muriel Motte pour L’Opinion. Parution le Jeudi 26 juin 2014

Il est plein d’allant et affiche clairement son ambition : « Devenir l’un des leaders mondiaux dans le domaine des services à la personne ». A 40 ans, Guillaume Richard, président d’O2 Développement, est d’ores et déjà un champion. Dans une France minée par le chômage, son entreprise a été le premier créateur net d’emplois au cours des cinq dernières années (2008-2013). Un quinquennat noir marqué par la récession et la destruction de 350 000 postes salariés dans le secteur privé, rappelle Xerfi. Dans ce contexte bien sombre, le bureau d’études vient de publier son carnet rose : le « Top 500 » des sociétés les plus dynamiques en matière de création nette d’emplois.

Sur la première marche, l’outsider O2 et ses 6 100 postes devance deux poids lourds de l’industrie, EDF et Airbus, affichant respectivement 5 800 et 5 400 au compteur. Les dix premiers du classement cumulent pas loin de 40 000 emplois nets en cinq ans, les vingt premiers près de 60 000, pour un travail souvent qualifié (c’est le cas de 45 % des nouveaux jobs au sein du Top 100). De quoi identifier, dans un environnement général de crise durable, « des modèles d’affaires robustes, qui nous révèlent la composante positive du processus de destruction créatrice », analyse Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi.

De quoi aussi donner un peu d’espoir avant la publication des chiffres du chômage du mois de mai, sur fonds de statistiques déprimantes. La dernière prévision de l’Insee annonce 0,7 % de croissance seulement cette année, alors que le gouvernement mise sur 1 %. Dans le secteur privé, les enquêtes PMI qui mesurent le climat des affaires sont encore plus inquiétantes : la contraction de l’activité s’est accélérée en juin, avec un indice tombé à 48 après 49,3 le mois précédent. Les modèles gagnants d’entreprises sont plus que jamais bienvenus !

La radioscopie de Xerfi conforte d’autres études qui font des petites et moyennes entreprises l’indispensable pourvoyeur d’emplois en France. Le Top 100 du classement se compose à 63 % d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), comptant moins de 5 000 salariés. Parfois très innovantes ou opérant sur des « niches » porteuses, celles qui étaient de petites PME il y a cinq ans ont réussi à grandir en dépit des obstacles. Il s’agit de sociétés souvent inconnues du grand public, a fortiori en 2008, comme A2Micile (9e rang), Acticall (15e), Adeo (19e). Dans ce domaine, elles dament le pion aux poids lourds, LVMH, Apple, l’Oréal ou Ikea. Les sociétés du CAC 40, les stars de la Bourse, ne comptent d’ailleurs que huit représentants dans ce palmarès.

Autre enseignement, dans ce même Top 100, quinze groupes ont été créés ou se sont implantés depuis moins de dix ans, parmi lesquels Amazon, Vente Privée ou Showroom Privé. Ce qui fait dire à Olivier Passet que « contrairement aux idées reçues, le tissu français est capable de se régénérer ». L’instabilité juridique et fiscale qui caractérise notre pays n’a pas complètement tué l’esprit entrepreneurial ! De même, si l’industrie est la grande victime sociale de la crise qui sévit depuis 2008, pas moins de 17 groupes industriels figurent parmi les 100 plus grands créateurs nets d’emplois, dont un tiers dans le secteur en pointe de l’aéronautique avec Airbus Group, Safran, DCNS, Zodiac Aerospace notamment. La France du « lourd » a encore un avenir.

Equation compliquée. Enfin, deux grands pôles sont aujourd’hui essentiels pour contenir la courbe du chômage hexagonal. D’un côté, les activités « B to B » à forte valeur ajoutée (et emplois majoritairement qualifiés). Pas moins de 35 entreprises ont assuré le quart des nouveaux jobs du classement, qu’elles soient spécialisées dans les services informatiques (Sopra, Econocom) ou le conseil, l’ingénierie et le « facility management » (Deloitte, Alten, Accenture). De l’autre se trouvent tous les services ou soutien aux particuliers, qu’il s’agisse du commerce, de l’hébergement et restauration, sans oublier le champ immense des services à la personne dans une société vieillissante. En cinq ans, ces secteurs ont représenté, à eux seuls, 39 % des créations nettes d’emplois du Top 100 ! « Des sociétés spécialisées dans les services à la personnes ont fédéré des jobs qui existaient déjà. A partir du moment où elles ont installé une marque et des process, leur croissance s’est accélérée », commente Olivier Passet. C’est là que l’on trouve la plus forte proportion de postes non qualifiés, ces métiers bénéficiant à plein des politiques d’allégement de charges sur les bas salaires menées depuis une vingtaine d’années.

« L’équation est très compliquée. Face à l’urgence que représente un taux de chômage élevé, les pouvoirs publics en viennent à stimuler l’emploi faiblement qualifié, à faible niveau de rémunération et réputé non délocalisable, commente Denis Ferrand, directeur général de COE-Rexecode. Le risque, si l’on subventionne le travail non qualifié au détriment des postes à haute valeur ajoutée, est de fragiliser l’emploi à long terme. » Mais à court terme, comme l’avait bien compris le chancelier allemand Gerhard Schröder « un petit job est quand même mieux que pas de job du tout ».

 

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