Pour l’emploi et la croissance, exploitons le dynamisme et l’innovation des jeunes entrepreneurs. Tribune

Par Bruno Berthon et Grégoire Sentilhes

LE CERCLE – A l’heure où le chômage touche plus d’un quart des jeunes Français de moins de 25 ans, la stabilité de nos institutions sera menacée tant que nous serons pas collectivement en mesure de faire aux jeunes toute la place qui leur revient.

La multiplication des évènements sociaux partout dans le monde, dans les pays développés comme dans les pays émergents, montre si besoin, l’inquiétude croissante, en particulier de la classe moyenne, sur l’avenir des jeunes générations dans l’économie du 21ème siècle. Il serait tentant de s’en remettre aux pouvoirs publics ou aux grandes entreprises pour trouver de nouveaux relais de croissance et d’emploi. L’avenir des jeunes actifs réside pourtant bien plus dans la capacité d’innovation, le dynamisme des PME et TPE – des chiffres récents démontrent d’ailleurs la vitalité des entrepreneurs. Pour autant, l’État et les grandes entreprises n’en ont pas moins leurs responsabilités à assumer. Dans une économie mondiale en voie d’être radicalement transformée par les technologies numériques, le maintien de la compétitivité exige de libérer le potentiel créatif des jeunes entrepreneurs, et les décideurs politiques comme les grandes entreprises sont les mieux placés pour y contribuer.

Les micro-entreprises françaises réalisent un peu plus d’un quart de la valeur ajoutée du pays

En France, les PME représentent près des deux tiers des emplois et 58% du PIB – et plus les entreprises sont de taille modeste, plus leur impact économique est proportionnellement important, en particulier en terme de création d’emplois. Ainsi, les micro-entreprises françaises, celles qui emploient moins de dix personnes, réalisent un peu plus d’un quart de la valeur ajoutée du pays, soit 5 % de plus que la moyenne de l’UE. Il s’agit donc de structures extrêmement dynamiques et productives, et pourtant si souvent négligées.

Une nouvelle étude d’Accenture pour l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 (YEA), qui s’est réunie à Moscou en marge du sommet du G20 la semaine dernière, témoigne de l’optimisme de ces entrepreneurs comme des petites et moyennes entreprises. Globalement, quatre entrepreneurs de moins de quarante ans sur dix tablent sur une croissance de leur activité de plus de 8% par an au cours des deux prochaines années, et huit sur dix prévoient de continuer à créer des emplois.

Pour 45% des jeunes entrepreneurs, la technologie constitue leur activité principale

Ces chiffres sont encore plus éloquents au vu des mutations engendrées par les nouvelles technologies. La production de masse qui caractérise le monde d’aujourd’hui cède progressivement la place à une personnalisation croissante des produits et services et à un ciblage précis des consommateurs, alors même que les entreprises se montrent de plus en plus à l’écoute de leurs clients. En outre, il apparaît de plus en plus nettement que chaque entrepreneur devient rapidement acquis au numérique, 45% des jeunes entrepreneurs allant jusqu’à déclarer que la technologie constitue leur activité principale. Plus de la moitié d’entre eux utilisent déjà applications mobiles et réseaux sociaux. Et d’ici à deux ans, les trois quarts pensent se convertir au cloud et aux techniques d’analyse des données. De fait, le 21ème siècle coincide avec l’émergence du « digital entrepreneur », c’est-à-dire d’un entrepreneur qui conçoit son développement dans un modèle de réseau, numérique et connecté.

Il est aussi intéressant de noter que, pour les jeunes entrepreneurs interrogés, la Chine apparaît au deuxième rang des pays les plus innovants, derrière les États-Unis. Voilà qui souligne un rééquilibrage en cours alors que plus de 40 % des nouveaux diplômés chinois le sont dans le domaine des sciences et de l’ingénierie.

Les grands groupes, partenaires indispensables des jeunes entreprises

Les jeunes entrepreneurs qu’ils soient implantés à Sophia Antipolis, dans la Silicon Valley ou à Shanghai citent en commun deux facteurs susceptibles de doper leur croissance. En premier lieu, ils aspirent à travailler plus étroitement avec les grandes entreprises – ce qui est déjà le cas d’un tiers d’entre eux. Alors que les jeunes entrepreneurs étaient autrefois méfiants à l’égard de celles-ci, ils les considèrent aujourd’hui comme un partenaire indispensable, facilitant l’accès à de nouveaux marchés, à des compétences spécifiques et à des technologies complexes et coûteuses et ce autant à Pékin qu’à Palo Alto. Malheureusement, trop de grandes entreprises se montrent encore frileuses, puisque 52% d’entre elles indiquent ne collaborer avec aucun entrepreneur ou n’avoir qu’un projet en cours avec au moins une petite entreprise.

Ces jeunes créateurs d’emploi et vrais moteurs d’innovation attendent également plus et mieux de la part de l’État: les entrepreneurs interrogés déclarent ne pas être pleinement satisfaits des politiques publiques actuelles et, si 49 % d’entre eux reconnaissent au moins aux pouvoirs publics le mérite de prendre des mesures, ils en déplorent le manque de pertinence ou d’efficacité.

Ouvrir les appels d’offres et les projets de R&D du secteur public aux PME technologiques

Lors de la réunion des dirigeants nationaux de l’Alliance des jeunes entrepreneurs, juste avant le sommet du G20, ces derniers ont appelé à un ensemble d’actions de politique économique propres à avoir un impact significatif pour l’entrepreneuriat. Ils attendent notamment davantage d’initiatives et d’investissements pour stimuler la demande de services numériques et faciliter l’accès aux données – ce qui pourrait conduire à investir pour renforcer l’accès au haut débit pour le grand public. Ils souhaiteraient également que les appels d’offres et les projets de R&D du secteur public soient réellement ouverts aux petites et moyennes entreprises technologiques, ce qui contribuerait à accélérer le développement de l’économie numérique.

Les jeunes entrepreneurs plaident aussi bien sûr en faveur d’une aide accrue à l’innovation, via la mise en place d’avantages fiscaux et l’augmentation des investissements dans les formations scientifiques, techniques et technologiques, ce qui soutiendrait les secteurs à forte croissance. Ils appellent enfin de leurs vœux une collaboration entre l’industrie, le monde universitaire et les collectivités locales pour promouvoir la création de nouveaux pôles d’activités et d’innovation technologiques.

Le gouvernement français a récemment dévoilé lors des Assises de l’entrepreneuriat qui se sont tenues en avril une série d’initiatives en ce sens destinées à accompagner les entrepreneurs. Ces mesures visent notamment à diffuser l’esprit d’entreprendre auprès des jeunes, à réussir la projection des PME à l’international et à proposer de nouvelles sources de financement pour les petites entreprises, grâce en particulier à un effort d’investissement de la part des grandes entreprises et une meilleure orientation de l’épargne des Français ( la 4ème au monde ) vers le financement de l’économie réelle et des entrepreneurs les plus dynamiques.

Par-dessus tout, il importe qu’en Europe et particulièrement en France, l’échec soit mieux toléré et effacé. L’objectif n’est pas de multiplier le nombre d’entrepreneurs d’un jour mais de favoriser l’émergence d’entrepreneurs récidivistes et pérennes, capables de gérer leur croissance, de construire des champions mondiaux, et demain de prendre leur place au sein du CAC 40 ou du Fortune 500, qui n’hésitent pas à revenir encore et toujours sur le marché pour affronter des problèmes non résolus avec de nouvelles idées et des innovations disruptives. La révision des lois sur les faillites et la mise en place d’un éventail plus large de sources de financement plus favorables à la prise de risques y contribueront, comme l’attestent les dispositions annoncées récemment par le gouvernement français. Mais surtout, dans un monde de plus en plus ouvert, où l’innovation agile et la créativité prennent peu à peu le pas sur les capacités industrielles traditionnelles, un environnement culturel totalement rénové et plus propice à l’entrepreneuriat, apparaît indispensable.

Compte tenu de la crise de l’emploi qui frappe les jeunes à la sortie de l’université et de l’école dans la plupart des pays d’Europe, il est temps de faire le pari de l’entrepreneuriat dans la lutte contre le chômage des jeunes et la relance de la croissance.

Bruno Berthon, Directeur Général de l’activité Conseil en Stratégie et Développement Durable, Accenture monde

Grégoire Sentilhes, Président de NextStage et co-fondateur de jeunes entrepreneurs du G20 (YEA), et président de l’association « Les Journées de l’Entrepreneur » (JDE) en France

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