TPE : la trésorerie au top, le moral en berne

L’optimisme des dirigeants des très petites entreprises flanche, et pourtant la situation de trésorerie de leurs activités est au mieux depuis cinq ans. C’est le paradoxe révélé par la 60ème édition du Baromètre des TPE, l’enquête de conjecture trimestrielle réalisée par l’IFOP pour le compte du leader des services pluridisciplinaires aux petites entreprises, artisans, commerçants, professions libérales et agriculteurs, Fiducial.

« Nous avions relevé à l’approche de l’été, une inversion positive de presque tous les indicateurs de conjoncture dans les TPE : emploi, moral et finances, rappelle Jean-Marc Jaumouillé, directeur des techniques professionnelles de Fiducial. Or, cette phase positive est terminée. L’emploi est le premier indicateur à chuter. Pendant le trimestre estival, il s’est dégradé dans les TPE. » Si les créations de postes se maintiennent, celles-ci sont très fortement contrebalancées par le nombre de suppressions de postes, un chiffre jamais atteint à ce trimestre de l’année. « Ce sont 10% des patrons de TPE qui ont déclaré avoir supprimé des postes au cours du troisième trimestre 2015, souligne Jean-Marc Jaumouillé. Au point que 8% des TPE qui en avaient un sont aujourd’hui sans salarié ! » Le moral des chefs d’entreprise s’en ressent : 79% d’entre eux se disent pessimistes sur le climat des affaires en France, et 53% pour leur propre activité – ce qui constitue pourtant un léger mieux depuis le mois de juillet.

83% des TPE à l’équilibre ou en excédent

Alors que l’emploi dans les TPE est à la peine, la situation financière se dégrade sensiblement elle aussi. Toutefois, la crainte des dirigeants d’un danger pour la pérennité de leur activité a diminué de 6 points en trois mois : en octobre, seuls 26% d’entre eux estiment que leur situation est préoccupante, alors qu’ils étaient encore 32% à partager cette préoccupation en juillet. Sur ce plan, la situation n’a jamais été aussi bonne depuis juillet 2011. « Quant à la situation de leur trésorerie, les TPE obtiennent leurs meilleurs résultats depuis cinq ans, » soulève Jean-Marc Jaumouillé. Seules 17% des TPE sont déficitaires, alors que 23% étaient dans le rouge en juillet dernier. Ils sont 51% à se déclarer à l’équilibre et 32% en excédent. « Il s’agit là d’un critère très objectif, souligne l’expert. L’investissement aussi connaît un léger mieux. »

Défiance généralisée vis-à-vis de la politique du gouvernement

Les différentes mesures annoncées par le gouvernement pour améliorer l’emploi n’emportent pas l’adhésion des dirigeants de très petites entreprises. « C’est à peine s’ils sont au courant de la réforme annoncée du code du travail (39% seulement) et de son contenu, observe Jean-Marc Jaumouillé. Et dans tous les cas, ils estiment massivement (à 64%) qu’elle ne va rien changer pour eux. » Les mesures du rapport Combrexelle sur le droit du travail ne les convainquent pas. La fusion des branches représentant moins de 5.000 salariés ne sera pas efficace pour les inciter à embaucher, estiment 53% d’entre eux. Quant à la proposition par les branches d’accords clés en main pour les TPE, adoptées ensuite par référendum, elle ne séduit que 36% d’entre eux. L’écrasante majorité (91%) des dirigeants de TPE se montrent encore plus sceptiques face à la politique fiscale du gouvernement à leur égard. La mise en place du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) semble ne même pas les concerner. « 60% des TPE n’ont pas de salariés, et passent complètement à côté des baisses d’impôts et de cotisations sociales, explique Jean-Marc Jaumouillé. Même pour celles qui ont au moins un salarié, l’économie sera marginale. A côté de cette diminution du coût du travail à peine perceptible au sein de son activité, le chef d’entreprise subit une forte hausse de ses impôts à titre personnel. D’où son rejet massif de la politique fiscale actuelle. » Quant au choc de simplification, il ne changera pas la vie des petites entreprises, déclarent les intéressés. « La complexité administrative, que les TPE ont largement externalisée, ne constitue pas le principal frein à l’embauche », analyse le directeur des techniques professionnelles de Fiducial. « Dans une très petite entreprise, le salarié ne constitue pas une variable d’ajustement. Quand une entreprise de deux personnes en ajoute une, elle augmente dans de grandes proportions ses effectifs, et doit accroître d’au moins 20% sa croissance. Cela nécessite une confiance en l’avenir redoutable ! »

En savoir plus sur Les Echos

 

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedIn

nos actualités et événements

Voir toutes les actualités et tous les événements