Tribune : De la PME à l’ETI : les enjeux pour la France

Par Grégoire Senthiles, Président de Citizen Entrepreneurs, du G20 YEA en France et Président de NextStage.

Photo GS 2013

La France est confrontée à un double défi : la mutation de son industrie et de son tissu économique pénalisé par le dysfonctionnement d’un état aussi endetté qu’omniprésent et la faiblesse du nombre d’entreprises intermédiaires capables d’être des champions mondiaux permettant à la France de se positionner, de manière compétitive, dans cette nouvelle économie du 21ème siècle.

L’émergence rapide de la troisième révolution industrielle. Les grandes révolutions industrielles se produisent lorsque de nouveaux moyens de communication, technologie de communication, émergent simultanément avec de nouvelles sources de production d’énergie, qui, combinés ensemble, font naitre une nouvelle organisation de l’économie et de l’industrie. C’est ce que le monde vit depuis 1995 avec l’émergence d’Internet et de nouvelles sources de production d’énergie. La première révolution industrielle (1455-1850) a vu l’alliance de la machine à vapeur et de l’imprimerie créée en 1455, tandis que la seconde (1850 -1995) s’est construite à partir de l’émergence des médias de masse (presse, radio, cinéma, télévision) et du pétrole et de l’électricité qui ont nourri la croissance économique du monde occidental, puis des BRICS et du reste du monde pendant près de 150 ans. La troisième révolution industrielle, qui a démarré en 1995, s’appuie sur la convergence des nouvelles technologies de l’information (Internet…) et de nouvelles sources de production d’énergie qui sont en train de créer une nouvelle forme d’organisation de l’économie plus mondialisée, plus transversale, plus collaborative et dans laquelle les ETI sont, de par leur agilité et leur capacité à se projeter à l’échelle mondiale, des acteurs aussi centraux que clés.

La troisième révolution industrielle entraîne une transformation profonde et extrêmement rapide (20 ans) de nos sociétés à l’échelle du monde en modifiant la façon dont nous travaillons, vivons et sommes gouvernés. Nous entrons désormais, selon un nombre croissant d’économistes (Jeremy Rifkin, Michael Porter, Tom Friedman, Christian de Saint Etienne, Michele Debonneuil…), dans ce qu’ils nomment le « capitalisme distribué » ou the « shared value economy ». Cette démocratisation de l’information comme de l’énergie conduit au passage d’un pouvoir hiérarchique et vertical, aujourd’hui pratiqué par les entreprises comme par les Etats, à un pouvoir latéral et collaboratif. Les décideurs se verront de moins en moins comme les chefs de territoires délimités mais de plus en plus comme les membres d’une « biosphère », c’est-à-dire la Terre. Toute la chaine de valeur ajoutée des entreprises s’en trouve transformée.

arbre economie mondiale

 

Une ETI est une entreprise de taille intermédiaire c’est à dire une entreprise qui a entre 250 et 4999 salariés, et soit un chiffre d’affaires n’excédant pas 1,5 milliards d’euros, soit un total de bilan n’excédant pas 2 milliards d’euros. Une entreprise qui a moins de 250 salariés, mais plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et plus de 43 millions d’euros de total de bilan, est aussi considérée comme une ETI. Les ETI constituent une catégorie d’entreprises intermédiaire entre les PME et les grandes entreprises.

Les ETM ( Entreprises de Taille Moyenne) qui réalisent entre 10 et 500 Millions de CA sont en France au nombre de 28 800 selon l’étude GE & ESSEC, et représentent 28% de l’économie contre 32% en Allemagne, et 41 en Italie. Elles sont « l’antichambre » des ETI dont la France a tant besoin.

La France compte 640 champions parmi les entreprises de taille intermédiaire.

eti

 

 

DEVELOPPER UN « MITTELSTAND » À LA FRANÇAISE

« Mittelstand » = ETI = croissance = emplois !

Avec le rapport GALLOIS, comme avec le travail du G20 YEA, de Citizen Entrepreneurs, de l’ASMEP ETI ou de France 2020, réalisé à l’initiative du MEDEF, s’est enfin imposée l’idée que l’ETI constitue un socle essentiel sur lequel notre pays, qui ne peut pas rester à l’abri des entreprises du CAC 40 et d’un Etat de plus en plus fragilisé et endetté, et montre combien nous devons nous appuyer sur celles-ci, à l’instar de nos voisins Allemands, Italiens, Anglais,(…) pour renouer avec la croissance et l’emploi. Les ETI sont un actif stratégique car elles produisent, innovent et emploient en France. Elles sont les chars, les navires et les avions non pas de 1940 mais de la compétition et de la guerre économique dans laquelle est entrée le monde depuis 20 ans. Ce « patriotisme » est corroboré par les faits : selon une étude réalisée pour ASMEP-ETI par l’Observatoire de l’emploi Trendeo, la catégorie ETI est la seule dont le solde net de création d’emplois est significatif sur ces 15 derniers mois avec plus de 20.000 emplois créés.

 

Un tissu vital mais en grand danger

En partenariat avec ASMEP-ETI, le cabinet KPMG a réalisé un panorama des ETI, 5 ans après leur reconnaissance par la LME. Il en ressort que, sur cette période, la catégorie n’a malheureusement pas progressé et que la France compte toujours moins de 4.600 ETI contre 10.500 en Grande-Bretagne et 12.500 en Allemagne, et 8 000 en Italie. Plus grave encore, la COFACE constate, sur ces derniers mois, une accélération des faillites et des dépôts de bilan parmi ces entreprises fragilisées par l’insuffisance de leur rentabilité (28% de taux de marge en France contre 41 % en Italie ou en Allemagne).

 

L’écosystème français de compétitivité très dégradé

Souvent plus « enracinées » dans leurs territoires en France que les grandes entreprises, les ETI sont aussi plus exposées aux faiblesses de l’écosystème français en termes de compétitivité (coût et rigidité du travail, niveau de prélèvements obligatoires, accès au crédit et coût de l’investissement…). Leur taille et la structure, le plus souvent patrimoniale – personnelle ou familiale – de leur actionnariat, les exposent à tout durcissement de la fiscalité du patrimoine. Une étude menée avec la Fondation IFRAP a mis en lumière le fardeau de la « cascade fiscale » pesant sur les entreprises françaises, tous types de prélèvements confondus. Il en ressort qu’une ETI paye, en moyenne, 47% de fiscalité en plus sur le Résultat Comptable Avant Impôt (RCAI) qu’une entreprise allemande. Cette réalité a pour conséquence des bénéfices près de trois fois moins importants en France qu’en Allemagne, à structure d’entreprise équivalente. Avec des marges qui n’ont jamais été aussi faibles depuis 1950, c’est autant que nos entreprises ne peuvent investir dans le renouvellement de l’outil productif ou dans l’emploi.

 

Des réformes insuffisantes

La croissance – et donc l’emploi – résultent de la capacité retrouvée de nos entreprises et de nos ETM et ETI en particulier à dégager des marges pour investir, innover, conquérir de nouveaux marchés et, in fine, se développer. Le dispositif du CICE n’est pas à la hauteur de la situation : intervenant trop tard, le bénéfice du CICE ne couvre même pas les hausses d’impôts supportées par les entreprises sur la même période.

 

« Montée en gamme » = long terme

Notre industrie a besoin de marques mondiales reconnues pour la grande qualité de leur production et de leur savoir-faire. C’est toute la problématique de la compétitivité «hors-coût» et de la montée de gamme. Mais pour créer des marques mondiales, il faut du temps ; pour reconstituer un Mittelstand qui s’exporte, il faut du temps. Du temps pour développer, créer, innover, investir, rayonner, exporter et bâtir les ETI de demain, ces champions dont la France a tant besoin.

 

Télécharger l’étude ASMEP-ETI/KMPG

Télécharger l’étude ASMEP-ETI/Fondation iFrap

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